L’écriture fragmentaire est une déchirure de la vie en phrasés chaotiques. Cette accumulation de morceaux de significations, mise bout à bout, n’est pas satisfaisante pour celui qui cherche, malgré tout, à être mieux dans le monde. Peut-être est-ce nécessaire, avant cet apaisement, de révéler sans mesure toute l’ampleur du désordre. Inconsistance de la pensée. Nanisme des émotions. Grand bazar de choses. Insignifiances cachées, évidentes, déprimantes. J’avance dans l’existence, mais l’expérience que j’engrange, plutôt que de m’aider à voir plus clair, représente une zone opaque, un paquet trop lourd à porter qui, de surcroît, ne m’appartient plus. Et il faut nommer ce trop plein, cet encombrement. Ne rien laisser sous silence. Même si c’est un effort difficile et douloureux, il faut tout sortir tout ça, puis procéder méthodiquement à une élimination concertée de ce qui n’est pas bon. De ce fait, on ne vivra plus dans les morceaux, les fragments, et l’on pourra commencer à entrevoir l’ordre. Du point de vue de l’écriture, la meilleure fabrique est probablement celle du récit. Mouvement, continuité, fécondité, je ne vais pas me livrer à une justification du récit (le poids de ce qui existe déjà en dit long sur sa légitimité), mais je dois dire qu’il m’apparaît aujourd’hui comme le seul rempart à l’agression morcelée de la réalité.

(Avec ce qu’il pense et la façon dont il vit, il devrait être dans un état lamentable, pourtant, il ne va pas si mal et il est presque joyeux).

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