27.7.16

Cassis

Nuit coupée en deux par une nausée qui m'a sorti du lit vers cinq heures du matin. Je suis sorti dehors pour entendre la mer comme un aveugle. "Et si demain elle avait disparu?" me suis-je dit en buvant un grand verre d'eau qui désaltère comme disait l'autre,  c'est-à-dire - "vous restitue votre moi".  Puis nuit retrouvée. Pas de rêves.

Photographié tout à l'heure des plagistes en les surexposant, tous brûlés par l'image et le soleil, méconnaissables ; subsiste cependant un couple qui s'embrasse au beau milieu de la photographie numérique en noir blanc, serrés l'un contre l'autre.

"Face à lui, je n'ai pas peur de lui montrer que je suis vulnérable" me dit une femme.

En me baignant hier soir dans l'eau froide, je dis à mon ami chercher un verbe qui puisse aller avec la beauté. Au loin la falaise "canaille", innommable, sublime. J'ai trouvé mon verbe. "La beauté apaise." Mon ami réfléchit bien moins longtemps que moi, tandis que nous nageons pour rejoindre les rochers. "La beauté nourrit" me dit-il.

Grande faim vers 17h. Cette brusque envie de goûter est celle d'un enfant que je suis heureux de retrouver à travers mon estomac, contre mon cœur.

La beauté : renoue. La beauté : relie.

Je suis le concierge du superflu, aux aguets (aujourd'hui sur la terrasse qui domine Cassis) des petits riens tantôt sonores - cigales, enfants en verve, clapotis des vagues-  mais aussi visuels : ces bateaux qui reviennent des calanque, ces corps anéantis par le soleil, lézards. L'image et le son ne marchent pas ensemble. Attentions séparées.

Engourdi, écrasé par la chaleur, parler me semble aussi fastidieux que de bouger mon corps. Tandis qu'écrire, à l'instant, est un geste évident, qui m'amuse autant qu'il m'aide à m'installer  dans cette journée. Pas besoin de compagnie.

26.7.16

L'été encore

Le souvenir d'un entretien au téléphone avec Jaccottet il y a quatre ou cinq ans répondant à mes questions envoyées avant par écrit ; je ne me souviens aujourd'hui plus de ses mots, mais de la précision maniaque avec laquelle  il me dictait sa ponctuation, des virgules, beaucoup de virgules. 

L'empreinte du ciel (se donne, comme poème)

Réveillé par le bruit des vaguelettes sur des galets, douceur au carré. Pas bruit : son, événement, soie, drap.

L'été des plongeons divers. 

Tout ce qui passe par la tête et ne mérite rien. Aucune attention. Comme, cette phrase. 

La grande mer qui sort des yeux, inventée, renouvelée par mon corps qui ne bouge pas, donne.

Toujours cette attente, l'eau, l'origine. Le vent qui orchestre la lumière et aussi, donc, le mouvement du pin au dessus de moi ; visage tavelé, image de soi, preuve de l'été.

Le présent, pas un carrefour, cette fois, un pont. Un promontoire. 

Je ne photographie (presque pas), aucune raison de dramatiser, cette fois.

Pourquoi pas un requin au milieu de l'image, à voir, en demander un.

Le roman, le réel, la vie, l'ordre. Le poème dans la tête, les choses, l'insensé, la perte. Comme plusieurs photos différentes mises bout à bout.

Quand je n'entends plus rien, je veux écrire pour écouter ma voix à nouveau. 

Après je peux nager en silence, serein.

L'embrasse. Langues.

21.7.16

l'été

Ce lieu ne pourra jamais être ton miroir. On devine tout à l'avance. Certains trébuchent, d'autres s'envolent. La messe est dite. Le chat vient de voler sa première crevette rapportée comme une proie. Tout à l'heure, en marchant le long de la Seine dans le sens opposé où je devais aller, j'ai persisté joyeusement dans mon erreur de parcours. J'étais suivi par deux enfants en patins à roulettes. Grosse chaleur. Les pensées sont des pions. Promenade épique. Traverser la Seine après avoir semé les gosses. Ce lieu est ma fenêtre, point barre. Ouverte pour les beaux jours. La douceur. Je déteste le tintamarre urbain, la duplicité des cœurs, et toutes les images connues d'avance. Sage dans son coin de mur, le sapin vit sa vie, j'ai la naïveté de penser que mes yeux le protègent.

13.7.16

Handke, vite lu

"Elle apparut, désirable, et le délivra de toutes les images du désir."

"Quand je veux vraiment quelque chose, je le veux tranquillement (et je l'obtiens)"

"Une piscine ; et la nature tout autour perd toute existence"

"Parfois j'ai un regard qui ne signifie rien et comprend seulement."

" Les photos de femmes nues jettent dans une autre solitude, dans la mauvaise solitude : dans la solitude sans conscience de moi-même".

11.7.16

.......

La femme entre plusieurs vies, sur son cheval en Amérique, à vélo sur un chemin de terre dans le Far West de la France, dans son bateau échoué sorti d'un film d'Hitchcock, est-ce la même ? Pourquoi ?

24.6.16

Minuit

La blessure au genou (gauche)
Les photos sorties du roman et punaisées au mur
La distinction entre identifier et faire apparaître 
La crainte du retour d'un scénario connu
La fidélité aux plantes (eau)
Les admirations renouvellées 

16.6.16

2017

Les éditions Le Rouergue (collection La Brune) publieront mon nouveau livre Histoires souterraines, un roman, début 2017

Faire le point

Aspirateur et pépiement de petits oiseaux dans la cour, le bruit de la machine est le plus rassurant.

"Je pense à toi, mais tu ne me manques pas. Tu me manques, mais je ne pense plus à toi."

Terminé mon histoire, si tout est vrai, est-ce quand même un roman ? Roman-couverture, roman-alibi. Récits de disparitions, de désastres, exhorbitants et mineurs. Nous verrons.

Retrouver maintenant le pays des images, mettre le nez dans mes photographies, tenter de faire dialoguer des images qui ne parlent pas toutes le même langage.


27.5.16

Livre à venir, roman.

Un homme disparaît sur la ligne 6 du métro parisien.  Un autre s'envole du haut d'une tour en Asie. Une femme se transforme en image en Italie.

21.4.16

collision(s), extrait

Je me souviens que lorsque j’étais enfant, passionné naturellement par mon train électrique, j’étais triste de ne pas pouvoir faire entrer deux wagons en collision et provoquer une catastrophe ferroviaire. Mon père m’avait pourtant expliqué que c’était impossible à cause du courant unilatéral, j’avais piqué, paraît-il, une colère historique. Je me souviens aussi de la tentation un peu masochiste de mettre les doigts dans une prise électrique. Même si c’était défendu, car cela pouvait me faire mal — voire me tuer — cela ne m’empêchait pas d’y penser. Je devinais sans doute que la plus grande des jouissances pouvait peut-être passer par une expérience intérieure du danger. Dans l’ordre successif de mes passions d’enfance, je me suis ensuite intéressé aux avions de chasse, aux grands requins blancs, et à toutes formes de satanisme.

6.4.16

Signature


Samedi 9 avril, au Carré Baudouin (121 rue de Ménilmontant, 75020), je signe mes livres de 16h à 18h, dans le cadre de l'exposition 2x16.

27.3.16

Senlis

Les êtres que je photographie ne deviennent-ils pas immédiatement, dans le basculement propre aux images, aussitôt des personnages, qui plus est, désorientés ? 

Ce matin, trois gouttes d'eau sur une table de café, m'enchantent au point de les photographier. Cette attention au minimal, à "l'infra-mince" comme on disait à une époque, n'est pas un regard déceptif sur la réalité, mais plutôt un acte de prudence, peut-être d'humilité - contre le risque toujours de sombrer dans la pornographie.

Dans la rue, j'ai photographié des cerisiers en fleurs avec cette phrase en tête : "que deviens-tu?"