9.2.16

Projet

suite


Elle comprit d’un coup que ses problèmes n’étaient pas seulement liés à un épisode passager de son existence, mais des problèmes de toute une vie, ce qui l’aida à entrevoir des solutions, en urgence.

À la montagne. « Loin de la folie du monde, au centre de l’univers, en cet instant précis, j’entends battre mon cœur et un pic-vert. »

Un rêve. « C’est normal de rêver que je roule dans une grosse voiture familiale et que tout le côté gauche de la carrosserie tombe en plein milieu de l’autoroute ? »

6.2.16

deux manques d'images

- La lumière à l'état brut, je ne sais pas trop quoi — un néon ?
- Le visage coloré, en élévation. Rouge. (?)

1.2.16

entretien à paraître dans le prochain numéro de Fisheye

  Il y a quelque chose de l'ordre du constat quand je photographie. Je prends acte de la présence d'une chose qui a provoqué mon regard. Un événement simple, souvent banal, mais seulement en apparence : un vêtement posé sur un banc, une balle de ping-pong suspendue en vol... Ces images sont rarement préméditées. Avant de photographier, je sais seulement qu'un désir de voir est pressant, mais encore sans objet véritable. C'est un état de désir obsédant, comme la faim. Quand le geste photographique intervient, il y a un basculement qui se produit. Je ne m'en rends compte qu'après-coup. La vitesse d’exécution est si vive qu'elle anesthésie un moment ma pensée. Et quand je découvre plus tard l'image, la chose la plus normale me semble tout à coup devenir bizarre. Elle évoque quelque chose d'autre. L'image  est peut-être une métaphore inconsciente. J'ai dû penser à autre chose en photographiant. Et l'image s'en souvient. La photo d'une couverture rose, pliée dans la neige, a provoqué, par exemple, chez plusieurs spectateurs, de curieuses réactions. Certains y ont vu  un lapin mort.  Antonioni a bien exploré dans Blow Up cette dimension inquiétante de l'image qui peut potentiellement cacher de l'effroi sous les auspices de la normalité. Alors il s'agit en effet, peut-être de fictions photographiques. En tout cas, tout acte de création est une histoire de transformations et de déplacement. Photographier c’est à la fois constater la présence d’une chose, mais aussi projeter sur elle je ne sais quoi d’intérieur.
 


jeudi


Jeudi prochain, je suis invité au séminaire de Michel Poivert, à l'INHA, pour parler de mes photographies de 2009 à aujourd'hui. 14h à 16h. Entrée libre. 6 rue des Petits-Champs. Salle Jullian.

30.1.16

Normandie

En rentrant dans la rame du métro de la ligne 14, la porte se referme brutalement sur mon pied, une partie de mon corps est dans le compartiment, l'autre sur le quai, des voyageurs affolés viennent à mon secours en me tirant pour me faire entrer de force (j'ai l'impression d'être une bête de ferme) tandis que me revient à l'esprit l'atroce fait divers relaté récemment dans le journal : un type s'est d'abord fait coincer comme moi par la porte d'un métro, il est  tombé brutalement sur les rails (retenu au métro par la la lanière de son sac accrochée à la porte) avant de se faire traîner sur une dizaine de mètres, écrabouillé/électrocuté. Sain et sauf, je m'assois en entendant derrière moi un homme raconter à une femme ce à quoi à quoi j'ai sans doute échappé.

*
Bizarre de se retrouver nommé à plusieurs reprises dans le journal de Bergounioux : nous nous sommes en effet rencontrés à plusieurs reprises aux beaux arts de Paris pour parler du tome précédent de ce journal, et de son regard sur trente ans d'images de lui. Dans ces pages, à chaque fois que nous nous voyons, il pleut, et l'écrivain est fatigué.

*

Triste que la vérité de quelques êtres, en leur absence, semble infiniment plus limpide, et souvent  décevante.  Devant vous, leur cinéma occulte beaucoup de choses, comme un voile. Disparus ils se révèlent enfin, sans doute pour mieux être enfin balayés de la mémoire, ou cachés dans des petites boîtes bien fermées. Des boîtes de pellicules périmées.
*

Mon penchant naturel pour l'idiotie, la paresse, la passivité, le bavardage.

*

Dans le train, un type lit "le mépris" d'une main et actionne la souris de son ordinateur de l'autre ; il  passe du livre à l'ordinateur, avec le même regard bovin, déprimant. Je dois m'endormir.

28.1.16

Rimbaud perd la tête



sur lemonde.fr, ici

regards d'enfants, suite


Un arbre au milieu d’un pré, en été. Sur ses branches, des vêtements de toutes les couleurs, percés. Du rouge, jaune, vert, bleu. Chemises, pantalons, tee-shirts, bonnets, etc. D’un coup un enfant surgit de la forêt en contrebas du jardin. Il est bientôt rejoint par une dizaine de petites têtes blondes sous un ciel bleu.  Et les voilà qui grimpent sur l’arbre, l’un après l’autre. Comme des petits singes habiles qui s’emparent méticuleusement des vêtements.  Chacun trouve sa branche, puis agite ces étoffes dans l’air chaud du soir  devant  un photographe caché derrière son appareil. « Maintenant c’est le jeu du silence. On ne bouge plus. Je ne veux voir que des feuilles trembloter, et rien de plus. »
*

La maison qui brûle et cette phrase entêtante qui hante le fond de ma gorge : « et dire que je n’ai pas eu le souci de boire. »
*

Je descends l’escalier de la maison de vacances en Bretagne, ma grand-mère prépare un « petit frichti » ; j’entre en douce dans la cuisine, j’ai 7 ans, je suis affamé,  j'ouvre la bouche, « qu’est-ce que cette odeur qui me sourit au nez ? », et la voilà qui se retourne vers moi pour me donner un baiser sur le front en silence. (La porte de la cuisine s'ouvrait sur le jardin saturé d’hortensias.  Après le déjeuner, j'accompagnais mon arrière grand-père Marcel pour donner des graines aux oiseaux dans le jardin. Nous ne nous disions rien. Et je trouvais qu'il n'y avait jamais assez d'oiseaux pour nous. Hirondelles, moineaux, pigeons blancs.)




26.1.16

17h45


ce qui doit rester caché — photographier ça n’est pas (que) représenter — la persistance des choses oubliées, perdues — bienheureuse insécurité — etc. — tu me nous manques — etc.







“ah mais je t'avais dit que les mots c'était trop violent et que ça pénètre trop vite dans la tête tandis que les images infusent 


 l e n t e m e n t 
  
l e n t e m e n t

   l e n t e m e n t


24.1.16

Bonnefoy

 Yves Bonnefoy en 2016, toujours percutant : « La prolifération anarchique des images irresponsables, qui décontenancent l’esprit, étouffent le surmoi, désorganisent l’action (...) »

22.1.16

INHA

Le jeudi 4 février, de 16h à 18h, je serai l'invité de Michel Poivert à son séminaire de recherche à l'INHA. L'entrée est libre.

2 rue Vivienne
75002 Paris

21.1.16

Au carré Baudouin


120 x 90 cm

 Les grands tirages : faire passer la prétendue intimité des figures à une dimension plus accueillante et surtout plus ouverte pour le spectateur — celle d’une extériorité  immédiate ; on libère ainsi les sujets de leurs confinements, et de leur apparente délicatesse. Moins de joliesse et plus de bizarreries exorbitantes.

15.1.16

petits récits


Après des épisodes sinueux, tortueux, tordus — il m’explique vouloir vivre aujourd’hui platement sa vie « pour enfin marcher tout droit dans l’existence. »

*

Elle ne supportait pas les fruits de mer qu’elle associait immanquablement au sexe des femmes. 

14.1.16

X16

Présentation de mes images ici

Amour

  Pendant le concert, le guitariste très occupé assista à la drague plutôt efficace de sa copine par un type dans le public.
*

Ce fut avec des femmes transitionnelles qu'il vécut des histoires les plus fluides. Des femmes sans histoire.

11.1.16

lundi


Après la séance, elle baisse la tête comme une pénitente, et traîne aussi toujours un peu les pieds.

La chatte nourrie/blanchie ne me sourit cependant jamais. Jamais.  

Jamais

 Cette photographie d’elle au miroir dit tout et son contraire, parle surtout pour lui (pas visible).  Publiée, elle  pourrait résoudre beaucoup de choses, ou bien les envenimer. Pour éviter les éclats,  elle restera à tout jamais cachée dans l’ordinateur et complotera en silence avec la souris.


(cacher) son jeu


samedi 16 janvier


8.1.16

au travail

Tu te souviens de Truffaut qui était toujours contre l'étape précédente : le scénario, le tournage, puis le montage venait encore déchirer le brouillon.”

amorces#2


7.1.16

amorces

J’ai l'œil lucide, je vivote entre plusieurs mondes et plusieurs êtres en même temps, je te dis que ce que je fais le mieux c'est rêver et dormir.

En l’absence de tout travail concerté, les phrases avaient cependant travaillé toutes seules en silence au fond de lui (ou en surface) il n’avait plus qu’à les cueillir, mais il était bien incapable de savoir où les mettre. « Le papier, en attendant que l'on m'offre un vase, ce n'est  peut-être pas si mal. » 

Le ciel c'est la peau du monde.

6.1.16

2 X 16




Dans le cadre de cette exposition collective, je montrerai des images  extraites de mes travaux en cours.

5.1.16

images d'histoires


En photographiant, il  ne savait pas s'il cherchait à débusquer un symptôme du monde contemporain ou si ce geste l'aidait à y trouver sa place. Pour surmonter ce problème, il commença une série d'autoportraits réalisés sur des champs de bataille, totalement affligeants. 

*

La première photo que j’ai faite dans ma vie, c’était à l’âge de six ans : un cheval au-dessus d’un obstacle, à Chantilly. Dans l’attente du développement, mon père m’a raconté que j’étais terrifié à l’idée que ce cliché soit flou ; il avait beau essayé de m’expliquer que le flou pourrait donner une impression de mouvement  intéressante  à cette photographie, je ne n’en démordais pas (comme aujourd’hui), je décrétais que le flou c’est nul, que le flou est la passion de médiocres sensationnistes, et qu’on devrait l’interdire. 

*

J’ai souvent été photographié par des femmes comme un spectre ou un épouvantail. 

*

Ps : Peu d’hommes dans tes images, ces étranges étrangers.

rêve #1


 
Cette insomnie sympa interrompue par un rêve dans lequel je crachais du feu et du sang sur des parcmètres dans le désert.


4.1.16

Ligne 12

Le nu vertical
Le visage de près
Le portrait de la mère (fauteuil à oreilles)
Les objeux
Soi-même vraiment
Le baiser
La chute
Poésie verticale
Hitchcock
Le reflet (double)Le sexe (double)

 Métro.  En entrant dans le compartiment, j'étais persuadé que cet homme allait parler de son histoire puis faire la quête, mais il s'est assis calmement  à côté de moi pour lire du Amélie Nothomb.

Ses photographies d'aujourd'hui, comme des reflets d'anciennes réussies.

   Tu sais que c’est beaucoup mieux que d’être hystérique qu’obsessionnel ?
   Non non non.
   Il vaut mieux rebondir que tourner en rond.
   Oui oui oui.
   Repose-moi encore ta question.
   Tu sais que c’est beaucoup mieux que d’être hystérique qu’obsessionnel ? 
   Oui oui oui.
—  Non non non. 

1.1.16

Carte postale de Belgique

par Pierre & Sandrine










  
 "Elle dort dans la chambre de la couille et elle vient de me photographier en train de t'imiter, mais habillé."

31.12.15

sortie de phrases



Il ne restait plus que des images pour dialoguer avec le passé — fantômes de phrases fatiguées, incompréhensibles.

Le retour de la clarté et des couleurs, un peu dégoûtantes — mais tentantes. On plonge ses doigts dans des pots de peinture, comme un enfant. On gribouille.

Les choses prennent fin et l’histoire peut enfin commencer.

La femme qui assortissait ses culottes à tous ses rouges à lèvres.



30.12.15

En marge

      Article sur la représentation après coup de la guerre, paru dans le supplément culture du Monde.





21.12.15

Avant de partir

Au zinc, il me parle de la vie comme d'une opération chirurgicale : "ça passe tellement vite qu'on s'en rend même pas compte."

La continuité du rapport de force après sa disparition : elle pestait contre un fantôme pratique qui ne la contredirait plus jamais. Spectre lourdingue.

Le lit (et son territoire), traces, objets égarés, odeurs  - sanctuaire

Il ne pouvait trouver aujourd'hui de l'excitation qu'au moment du ralentissement concerté du coït. Cinéma lent très efficace pour regarder les interstices du désir.

À l'émiettement des souvenirs : poubelle ou rafistolage grossier des morceaux recollés les uns aux autres. On se décidera plus tard.

Tanger dans une heure. Place aux images sans légendes maintenant.

18.12.15

en passant

c'est parce que les poèmes et les photographies ont une haute teneur de vie qu'ils sont anti-biographiques ; ils congédient l'expérience vécue dans le sens où ils ne se destinent qu'à véhiculer sa forme métamorphosée

Suite Frank Smith



Entretien avec Frank Smith sur le site de Diacritik, lien ici

15.12.15

III



La reprise des  petites phrases écrites au quotidien, comme des poches d’air dans le creux des mots.

Il voulait refaire des photographies avec l’idée saugrenue que le monde le lui avait demandé poliment.

Elle  ne pouvait trouver de l’énergie que dans l'épuisement de situations fragiles. 


14.12.15

4 phrasettes


Il lui était arrivé de faire l’amour sous cocaïne, il caresse aujourd’hui son chat après avoir pris un xanax.

Au zinc ce matin, un type demande un croissant et un Ricard avec de l’eau chaude.

(Dialogue avec une méconnue)
- Audace au carré.
- Mais je ne te contrecarre pas mon chéri.

Le ciel m’est apparu ce matin comme totalement indifférent à lui-même.


12.12.15

À distance

 
Elle surveille ta surveillance.

"L'intimité poétique de votre travail..." Non mais ta gueule.

Le yeux de panda du père et du fils.

Avant même de la rencontrer, en entendant sa voix au téléphone , je savais qu'elle serait grosse - très grosse.

L'écriture faussement froide, faussement contrôlée, garde-fou.
La fausse beauté enjolivée qui finit par faire mouche.

11.12.15

Le 26 décembre à la librairie des Colonnes, Tanger

2011



article en cours

L’art de la coupe, qu’elle s’opère dans le réel, ou dans la matière des choses, reste une prérogative du regard. L’œil segmente, isole, rapproche, déplace, etc. Même quand il découpe ses journaux, C. reste aussi minutieux que lorsqu’il photographie les plis ou replis du réel. Une démarche fidèle à sa manière de voir et qu’importe les moyens qu’il se donne. Rapprochements aléatoires entre les formes, dialogue « rigoureux avec le hasard », le geste de C. ne cesse de redistribuer les cartes sans trahir l’esprit d’improvisation qu’il n’a jamais cessé de revendiquer.
" Concernant la straight, je n’ai pas l’impression de l’avoir quittée, explique-t-il, du moins au sens que je donne à ce terme s’agissant d’images de constat, non mises en scène, rigoureusement liées à la richesse de la perception la plus immédiate, en toutes circonstances. La rencontre fréquente entre mes propres photographies et des éléments issus de pages déchirées dans des journaux, des encyclopédies, des partitions musicales et autres objets imprimés relève de la même logique de percussion dans l’instant. »