27.8.14

Incidences

    Le titre Incidences convoque la lumière qui trouve son objet, la rencontre d’une ligne avec une autre ligne, mais aussi de menus accidents. Au carrefour de la géométrie, de l'optique, et des torsions de la réalité : la photographie.


26.8.14

Après

La sensation couchée sur l'œil. "C'est toute ma peau qui la voit." (Valéry). Au milieu d'un ennui, la machine qui vient nous secourir. Pour jouer, marquer le coup, se souvenir. Rien de sérieux. Toujours l'émerveillement, malgré la répétition du geste. Une résistance et une félicité du quotidien (morne, merveilleux.) Quand tu crois te répéter, ça vient, le nouveau, la nouveauté. Et toujours ce besoin de commentaire, d'extension. L'image te coince en plein milieu de ton insuffisance. Tu dois compenser, par un autre chemin.  

Planque d'été


10.8.14

Petite prose

19h, midi (été 1980 ?)

La lumière qui tombe, faiblit, se réfugie in extremis dans la chair d'un objet, d'un être ; enfant (méditerranée) mon père attire mon attention sur elle quand le soleil donne ses derniers rayons ; il me demande d'être le  dernier destinataire du crépuscule ; directement baignant dans la lumière ou à contrejour, il photographie mon visage, et j'entends le bruit du moteur de l'appareil qui rythme ce moment où nous entrons tous les deux en image dans cette lumière kitsch et belle - comme une bande son sirupeuse d'un film qui commence ou finit plutôt bien.

Ardèche (Juillet 2014)

Baignade dans la rivière en juillet, je joue avec les enfants d'une amie, des rochers, et des vaches, des ricochets de mioches que j'esquive ; je ramasse au fond de l'eau terreuse des cailloux, je me mets sur la pointe des pieds, je regarde ces deux femmes qui surveillent leurs gosses, puis je gueule gaiment  (imitant très mal une voix d'enfant) et pose cette question qui fait rire et trembler tout le monde : "Est-ce que ces pierres sont mortes ou vivantes ? Je veux  une réponse tout de suite. Maintenant."

4.8.14

S'en souvenir

"Tu nous donnes l'intime en te servant du privé" Chen Tong à Jean-Philippe Toussaint

28.7.14

Avant les images, sur une page du livre

Peut-être ce sont les saisons qui viennent rythmer le lent déploiement des images. Ou bien des amours qui fuient quand on cherche à se rapprocher d'eux pour espérer un réconfort. Tout à coup, il n'y a plus de temps, presque plus de monde, mais des visages peut-être possibles. Quand j'étais enfant, en sautant pour me raccrocher à la branche d'un arbre, je m'étais effondré, et ma tête avait heurté une pierre. En me réveillant, choqué, et allongé dans l'herbe, je me souviens du visage angoissé de la maitresse, et de ces trois questions qu'elle m'avait posées pour mesurer la gravité de ma chute : Qui es-tu ? Où es-tu ? Quel jour sommes-nous ? Je dois avouer que de ne pas savoir lui répondre m'avait plongé dans un état absolument délicieux. Une ignorance divine. Les images que je recueille aujourd'hui ne sont sans doutes pas étrangères à cette scène primitive. L'écho d'un choc dans une sensation sauvée.

Ardèche, juillet 2014



23.6.14

Évidence

C'est en la photographiant que je commençai à la trouver aimable

20.6.14

L'écrivain vu par la photographie

Quels sont les stratégies photographiques pour montrer l'écrivain? Images mystificatrices, ridicules, sublimes - face au corps de l'écrivain, les photographes sont souvent désemparés - capable du meilleur, comme du pire. Quant à l'auteur, il donne, se donne, s'invente, ou se rétracte (on rappellera, par exemple, la quasi invisibilité photographique de Maurice Blanchot, ou de Thomas Pynchon). Le rapport entre l'écrivain et le photographe, dans l'exécution du portrait, est du côté de l'ambivalence. Car l'enjeu de cet acte n'est pas seulement une affaire de représentation ordinaire du visage ou du corps: à travers cette image, se joue aussi une promesse de vision de l'œuvre, ou bien une limite à ce fantasme. Par exemple, dans les multiples portraits de William Burroughs photographié sur son territoire urbain, on a "presque" le sentiment de se trouver à la lisière de ses livres. Décrypter cet acte photographique entre un écrivain et un photographe, c'est l'envisager sous l'angle d'une relation vivante. Et pour mieux comprendre la nature de cette expérience, nous nous référerons au témoignage inédit de Pierre Bergounioux à qui nous avons soumis plusieurs portraits qui le représentent, de 1984 à aujourd'hui.

19.6.14

divan




L'image comme déplacement, l'homme ou la femme priant dans une église (pourquoi pas les deux oui pourquoi pas les deux) la fumée rouge et les immeubles, adieu la manifestation, adieu l'histoire sociale, je pense en fait toujours photographier la même chose, mais ma chose a en fait plein de sœurs jumelles ou de cousines, elles ont  des relations incestueuses et fécondes, pondent des motifs (les coquines) derrière mon dos, je me retourne, tant à voir, comblé,  au revoir, merci je peux continuer

17.6.14

les inaperçus

Mon nouveau livre, Les oiseaux favorables, en collaboration avec Stéphane Bouquet, est notamment disponible sur le site de l'éditeur, ici.

8.6.14

En levant la tête

Des images orageuses

dimanche soleil

une prudente ferveur
 (devant la vie)


des personnages dans la ville,

inquiets


et toujours la même recherche d'équilibre entre la peur et le ravissement, trouver une image qui puisse montrer les deux à défaut d'une langue qui ne trouve jamais les mots qu'il faut pour pointer ça




Eveil (vidéo)

video
 
Extrait de "Eveil" — vidéo qui sera montrée dans le cadre des soirée de "Le langage des viscères", le VENDREDI 27 2014 juin à partir de 18H30, à l'Auditorium Saint-Germain.

4.6.14

extrait


On entend rien pas la même le bruit d’un moteur

 peut-être voit-on une couleur jaune insistante retrouvée par hasard dans des feuillages ou dans une chevelure

 le récit s’éteint toujours dans la contemplation 

les grands arbres qui s’élèvent se moquent bien de nos vies désastreuses et de nos légendes illisibles



1.6.14

Venu ainsi

 
les corps nus en plusieurs temps soit l'effeuillage soit le sexe

 un bas tout doux peut faire l'affaire

la chair qui se trémousse à défaut d'un beau cri 

il faut bien quelque chose qui sorte de l'ordinaire 

qui sorte de l'eau

(d'abord écrit "du lot" )

Ça durera le temps que ça peut

On rêvera alors à notre petite fenêtre à nous, cheminée, chiens, maisonnettes

souvenirs patrimoniaux

Et le soir j'irai chasser





là où


31.5.14

Photographie d'enfance

 Cette image revient souvent me rendre visite. Elle n’est pas une hantise, pas une angoisse. Ce que j’éprouve quand le regarde aujourd’hui entremêle plusieurs états d’âme. J’ai de la tendresse pour l’enfant que je regarde, et de l’amour pour celui qui l’a prise : celui qu’on ne voit pas  (le photographe) mon père. Mais l’inquiétude est diffuse, indéterminée. Elle rôde encore à la surface de ma pensée. Je dois avoir à peu près huit ans. J’ai une coupe de cheveux à la mode de l’époque — un bol de blondinet. On ne voit pas mes yeux, car ma tête est baissée. Je porte un sweat shirt Mickey, et un blouson en cuir entrouvert, mes mains sont menottées. La lumière chaude de l’éclairage (je crois me souvenir d’un crépitement simultané de deux flashs que j’entendais se déclencher et qui me donnaient la sensation physique de cogner contre mes paupières closes) offre à la couleur de ma peau une vibrance saisissante. Pour solliciter Roland Barthes qui s’inscrit ici très spontanément, ces mains fermées constituent le punctum de l’image : elles me rappellent cette crispation intime que j’éprouvais sans oser l’admettre à mon père pendant la prise de vue. L’argument de cette mise en scène ? La couverture d’un livre écrit par un juge d’instruction, un certain Joël Weiss, juge d’enfants meurtriers.  C’est d’ailleurs le titre du livre : ces mots qui traversent mon corps sur la couverture. Face à l’image, je suis parfois désemparé. On peut entendre des remarques attendues. Comment un père a-t-il pu faire ça ?  C’est atroce, une violence inouïe. Un geste symbolique démentiel, etc.  Mais dans ma mémoire d’enfant, aucun pathos ne m’affligeait. Je savais bien qu’il s’agissait d’un jeu. Une fiction. Je savais aussi que je n’avais jamais tué personne. Et le fait d’être transformé en sujet aveugle, me convenait tout à fait. Je voulais seulement faire plaisir à mon père, ne surtout pas le décevoir. Sage comme une image. Aujourd’hui, je ne photographie presque personne. Aucun visage frontal. Une phrase m’est venue l’an dernier clore l’expansion de ce souvenir. L’exécution d’un portrait est comme un crime de visage. Rien de grave, en somme.

Chien (en pensant après-coup à Paul Nizon)


Arthur

Arthur avait écrit un article sur le contrôle du vol des pigeons voyageurs. C'était à la fin du XIXème siècle. Ingénieur venu du Brésil, cet arrière-arrière-grand-père dont je porte le nom, côtoyait Emile Zola, et quand il ne rédigeait pas des articles techniques (comme celui sur l'aménagement des bords de seine pour l'exposition universelle de 1900) il prenait aussi des photos. Je ne l'ai su que très récemment, grâce aux informations donnés par Michel Poivert, historien de la photographie. Coucher de soleil, portraits d'atelier, scènes pastorales, en petit maître, Arthur G. da Cunha pratiquait ce qu'on appelait la photographie Pictorialiste.  Je ne sais pas grand chose de lui. Pourquoi ses images sont-elles aujourd'hui conservées au Musée d'Orsay et à la BNF ? Je l'ignore. On a du trouver ça bien, n'est-ce pas ? En 1914, pour éviter la guerre, il est reparti à Rio où il est mort dans les années 60. S'est-il encore intéressé aux oiseaux ? A-t-il photographié ? Je l'ignore.  En revanche, je sais que mon père sans connaître la destinée d'Arthur est lui aussi devenu photographe, dans les années 1970. Je sais que 30 ans après, je suis entré à mon tour dans une autre aventure d'images. C'est déjà ça, n'est-ce pas ?

30.5.14

Papier retrouvé


image vraie

Les images vues la plupart du temps sur nos satanés écrans — frustration.

Quelqu'un m'écrit pour 

" Découvrir les "photographies "en vrai", plonger dedans." 

Far West


Problème & solution

Faire le vide, puis combler le manque.

Tout à coup plus habité par le langage, je force quand même le chemin, pour retrouver la force, le prestige - l'amour sans doute.

Quand je réfléchis comment structurer tout ça, je me démonte mentalement, j'y vois là comme un truc autoritaire ; j'en suis encore à cet âge bête où l'on prend la contrainte pour une bête noire ; je ne tiens pas à me plier à une discipline particulière - sagesse qui me rendrait dingue.

Dire et montrer le tout-venant (de la vie) suppose  une attention miraculeuse en ces temps de distractions moches. Jouer la carte de la multiplicité sans pour autant se perdre me paraît être un beau projet forcément risqué, avec ce sentiment inaugural délicieux : être toujours et encore et encore au commencement.

Se prendre enfin pour soi sans complaisance  : solution.

Solution : une image importante par semaine. Mon ordonnance du monde.

Solution : une pensée juste écrite par jour. La prescription de ma tête.

Avec tout ça on s'en sortira.


27.5.14

Notes sur une image

Dans cette lumière exceptionnelle, il fallait qu'il se passe quelque chose de très simple ;  l'éclat était déjà tellement cinoche, qu'un fait trop prestigieux n'aurait pas eu l'air vrai ; alors j'ai attendu la traversée de l'ordinaire ; j'avais l'air idiot avec mon cadre et mon décor grandiose à qui il manquait encore un contenu ; je me sentais misérable de vouloir  tirer cette beauté vers une image, de me servir copieusement du monde à des fins conservatrices : mettre en boîte une situation rêvée — ranger la page d'un jour parmi mes fournitures à des fins encore floues (un livre ?), capturer, amputer, sectionner ; mémoriser la lumière, l'enfant, la femme, le père qui photographiait aussi la scène, ce père que j'ai ensuite effacé pour qu'il ne reste plus que cette mère et cet enfant — sans ces voitures qui me gênaient et qui obstruaient le cadre, il fallait leur faire de la place, quitte à tricher, à réinventer la scène en la saupoudrant  d'une couche aussi belle et mesquine de fiction,  et qu'importe le père disparu — voilà la femme rayonnante et l'enfant porté  juste au-dessus de l'eau. Bienvenue aux inconnus/absents.

24.5.14

Inconscient photographique

Sur Google, à partir d'une image publiée, grâce à la fonction "who stole my picture", on peut pister toutes ses occurrences sur la toile, ou découvrir  des visuels de la même famille que cette image en question. Mon image d'une femme recroquevillée sur un lit donne naissance à des suggestions bizarres : beaucoup de chats, quelques oiseaux aussi, un corbeau. Un visage sombre se transforme en une tête de poupée de cire. Si je décide de prendre cette recherche au sérieux,  elle révèle pour moi certaines "essences" visuelles - lesquelles constituent un inconscient photographique peuplé de fantômes, de peintures gothiques, et de petits animaux morts.

Close up

Quelque chose qui sort de l'œil d'une femme, maquillage obsolète, une larme, un rien.

Quai des Célestins, Paris.

22.5.14

Kracauer & la photographie


pluie d'encre

La pluie d'encre, visible dans la lumière crue de l'allogène les cheveux électrisés qui se dressent sur la tête (enfant j'adorais voir ça à la cité des sciences) des objets techniques qui servent au rituel de l'hypnose (le métronome lumineux pour endormir l'esprit) le type à la fenêtre dans la pénombre qui fait brûler un morceau de papier etc.


20.5.14

blanc

Le blanc qui viendrait effriter la matière (du visage, de la peau) comme si tout à coup une image passait dans une autre

en dessinait les futurs contours, sans oublier le souvenir d’avant (j’avais d’abord écrit le souvenir d’enfance)  ;

la beauté qui s’appuie désormais sur une  absence, blanc fertile, blanc mental

C’est un idéal rêvé, difficile, car c’est plutôt le noir qui m’occupe depuis quelques années, plus fort que tout, plus fort que moi

J’ai pourtant pensé très fort au verre de lait de Hitchcock, mais aucun motif aussi direct ne m’est tombé dessus,

Je ne perds pas confiance, le noir est une attente

La Seine, Paris.


18.5.14

hiver (2013/2014)


morceau

 Photographier est une manière de se frayer un chemin dans l’opacité du monde. Faire des images, c’est créer d’infimes ouvertures ; parfois, elles ressemblent à des petites blessures à la surface du monde ; dans d’autres circonstances, elles font passer un peu de lumière, à l’endroit du réel menacé d’obscurcissement, et même d’oubli. Mais je ne photographie pas pour marquer un événement de ma vie. En images, la vie ne m’appartient plus. Même si je pars toujours de contextes familiers, et d’êtres proches, les photographier les font céder de leurs histoires, elles entrent tout à coup dans une dimension ambiguë. Il y a un poète (Roberto Juarroz) que je connais mal, mais dont j’aime beaucoup un livre qui s’appelle Dixième poésie verticale. Il écrit notamment ceci qui me parle intimement : « Toute image tend spontanément à écarter sa source pour devenir autonome. Et ces mondes d’images flottantes tentent aussi de se passer des autres en quête d’un espace plus libre. » C’est bien ce lieu-là que je cherche dans l’acte photographique. Un espace dans lequel ce qui est montré ne voudrait plus rien dire, ne pourrait plus jamais être relié à une époque, ne ressemblerait plus à celui ou celle qu’il était, une image d’un endroit dont l’identité serait tout à coup improbable. Introuvable.

deux phrases

Kracauer, 1931 : «La photographie tend à suggérer l'infini. Ce trait découle de sa prédilection pour les assemblages contingents où le fragment prévaut sur l'ensemble. Une photographie n'est vraiment une photographie que si elle exclut l'idée de complétude.»

Flaubert à Taine, 1866 : "Observez notre étonnement devant une épreuve photographique. Ce n'est jamais ça qu'on a vu."