21.4.16

collision(s), extrait

Je me souviens que lorsque j’étais enfant, passionné naturellement par mon train électrique, j’étais triste de ne pas pouvoir faire entrer deux wagons en collision et provoquer une catastrophe ferroviaire. Mon père m’avait pourtant expliqué que c’était impossible à cause du courant unilatéral, j’avais piqué, paraît-il, une colère historique. Je me souviens aussi de la tentation un peu masochiste de mettre les doigts dans une prise électrique. Même si c’était défendu, car cela pouvait me faire mal — voire me tuer — cela ne m’empêchait pas d’y penser. Je devinais sans doute que la plus grande des jouissances pouvait peut-être passer par une expérience intérieure du danger. Dans l’ordre successif de mes passions d’enfance, je me suis ensuite intéressé aux avions de chasse, aux grands requins blancs, et à toutes formes de satanisme.

6.4.16

Signature


Samedi 9 avril, au Carré Baudouin (121 rue de Ménilmontant, 75020), je signe mes livres de 16h à 18h, dans le cadre de l'exposition 2x16.

27.3.16

Senlis

Les êtres que je photographie ne deviennent-ils pas immédiatement, dans le basculement propre aux images, aussitôt des personnages, qui plus est, désorientés ? 

Ce matin, trois gouttes d'eau sur une table de café, m'enchantent au point de les photographier. Cette attention au minimal, à "l'infra-mince" comme on disait à une époque, n'est pas un regard déceptif sur la réalité, mais plutôt un acte de prudence, peut-être d'humilité - contre le risque toujours de sombrer dans la pornographie.

Dans la rue, j'ai photographié des cerisiers en fleurs avec cette phrase en tête : "que deviens-tu?"

17.3.16

Michaux

 
Henri Michaux, refusant qu'on photographie son visage, propose plutôt un agrandissement de son nombril :  Soyez tranquille, c’est présentable, le cordon ne pend plus. On l’a coupé proprement, en temps voulu. ”

14.3.16

notes de fin de journée

Des images qui désorientent (comme : je me réveille au milieu de la nuit, mon rapport à l'espace et au temps est très perturbé — inquiétudes).
Nous ne sommes cependant pas nulle part.
Quelques repères (concrets) alors pour se raccrocher au monde, mais pas trop.

11.3.16

too many birds





#4 avec Stéphane Bouquet


"Les photos d’Amaury da Cunha cachent souvent quelque chose et montrent qu’elles le cachent. C’est inaccessible, disent-elles (ou ai-je l’impression qu’elles disent). Souvent de grands aplats noirs viennent figurer le secret, ou alors des obstacles qui bloquent la vue. Souvent, les visages nous sont d’une façon ou d’une autre retirés. Souvent les yeux fermés, parce que le regard est ce si grand fourmillement de signes et tout alors deviendrait tellement trop évident."

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26.2.16

#2 avec Michel Poivert


“ L’art de faire des photographies est-il si éloigné de celui qui consiste à mesurer le poids des choses ? Enregistrer non seulement la masse et le volume mais donner à ressentir le poids, transférer la sensation de ce qui pèse sur un corps — ou de ce qu’un corps pèse — en une forme visuelle, avec ses tonalités, ses contours…. La photographie est une des formes de l’acrobatie, un défi lancé aux principes de la gravité : un exercice de trapèze...”

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24.2.16

en chemin

La femme galeriste me dit que mon travail est "en boucle", ce qui n'est "pas grave du tout". Je suis tenté de justifier mes gestes photographiques obsessionnels, je préfère l'écouter parler et répéter toujours la même chose avec le sentiment de deviner à l'avance les moindres mots qu'elle me dira.

La petite mort et la renaissance — déménager. Chaque livre a été soumis à un examen impitoyable, parfois totalement arbitraire et gratuit, certains auront le privilège de connaître ma nouvelle maison, d'autres trouveront d'autres yeux que les miens pour les lire. Un carton traîne dans la cour, pour les oiseaux, pour les voisins.

19.2.16

#1 Avec Arno Bertina


"Le fait d’avoir découvert cette photographie exposée dans une abbaye bénédictine a-t-il aiguillonné mon regard ? Peut-être pas ; découverte dans le métro parisien, ou en 4 x 3 dans la zone commerciale de Draguignan – c’est un exemple – j’aurais pensé de la même façon au Christ montrant la plaie ouverte par la lance d’un soldat romain, ou à l’apôtre Thomas avançant un doigt effarouché pour éprouver la réalité de ce corps ressuscité."


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15.2.16

en trois points



Il ne savait pas si leur silence tenait du jeu, du bras de fer, de l’indifférence — ou s’il maintenait désormais entre eux un périmètre de sécurité.

Et la bourgeoise chia très proprement dans le couloir du métro avant d’entrer dans la rame, sourire aux lèvres.

Ma chatte et moi partageons la même passion pratique pour les livres : nous nous y frottons pour nous soulager.


9.2.16

Projet

suite


Elle comprit d’un coup que ses problèmes n’étaient pas seulement liés à un épisode passager de son existence, mais des problèmes de toute une vie, ce qui l’aida à entrevoir des solutions, en urgence.

À la montagne. « Loin de la folie du monde, au centre de l’univers, en cet instant précis, j’entends battre mon cœur et un pic-vert. »

Un rêve. « C’est normal de rêver que je roule dans une grosse voiture familiale et que tout le côté gauche de la carrosserie tombe en plein milieu de l’autoroute ? »

6.2.16

deux manques d'images

- La lumière à l'état brut, je ne sais pas trop quoi — un néon ?
- Le visage coloré, en élévation. Rouge. (?)

1.2.16

entretien à paraître dans le prochain numéro de Fisheye

  Il y a quelque chose de l'ordre du constat quand je photographie. Je prends acte de la présence d'une chose qui a provoqué mon regard. Un événement simple, souvent banal, mais seulement en apparence : un vêtement posé sur un banc, une balle de ping-pong suspendue en vol... Ces images sont rarement préméditées. Avant de photographier, je sais seulement qu'un désir de voir est pressant, mais encore sans objet véritable. C'est un état de désir obsédant, comme la faim. Quand le geste photographique intervient, il y a un basculement qui se produit. Je ne m'en rends compte qu'après-coup. La vitesse d’exécution est si vive qu'elle anesthésie un moment ma pensée. Et quand je découvre plus tard l'image, la chose la plus normale me semble tout à coup devenir bizarre. Elle évoque quelque chose d'autre. L'image  est peut-être une métaphore inconsciente. J'ai dû penser à autre chose en photographiant. Et l'image s'en souvient. La photo d'une couverture rose, pliée dans la neige, a provoqué, par exemple, chez plusieurs spectateurs, de curieuses réactions. Certains y ont vu  un lapin mort.  Antonioni a bien exploré dans Blow Up cette dimension inquiétante de l'image qui peut potentiellement cacher de l'effroi sous les auspices de la normalité. Alors il s'agit en effet, peut-être de fictions photographiques. En tout cas, tout acte de création est une histoire de transformations et de déplacement. Photographier c’est à la fois constater la présence d’une chose, mais aussi projeter sur elle je ne sais quoi d’intérieur.
 


jeudi


Jeudi prochain, je suis invité au séminaire de Michel Poivert, à l'INHA, pour parler de mes photographies de 2009 à aujourd'hui. 14h à 16h. Entrée libre. 6 rue des Petits-Champs. Salle Jullian.

30.1.16

Normandie

En rentrant dans la rame du métro de la ligne 14, la porte se referme brutalement sur mon pied, une partie de mon corps est dans le compartiment, l'autre sur le quai, des voyageurs affolés viennent à mon secours en me tirant pour me faire entrer de force (j'ai l'impression d'être une bête de ferme) tandis que me revient à l'esprit l'atroce fait divers relaté récemment dans le journal : un type s'est d'abord fait coincer comme moi par la porte d'un métro, il est  tombé brutalement sur les rails (retenu au métro par la la lanière de son sac accrochée à la porte) avant de se faire traîner sur une dizaine de mètres, écrabouillé/électrocuté. Sain et sauf, je m'assois en entendant derrière moi un homme raconter à une femme ce à quoi à quoi j'ai sans doute échappé.

*
Bizarre de se retrouver nommé à plusieurs reprises dans le journal de Bergounioux : nous nous sommes en effet rencontrés à plusieurs reprises aux beaux arts de Paris pour parler du tome précédent de ce journal, et de son regard sur trente ans d'images de lui. Dans ces pages, à chaque fois que nous nous voyons, il pleut, et l'écrivain est fatigué.

*

Triste que la vérité de quelques êtres, en leur absence, semble infiniment plus limpide, et souvent  décevante.  Devant vous, leur cinéma occulte beaucoup de choses, comme un voile. Disparus ils se révèlent enfin, sans doute pour mieux être enfin balayés de la mémoire, ou cachés dans des petites boîtes bien fermées. Des boîtes de pellicules périmées.
*

Mon penchant naturel pour l'idiotie, la paresse, la passivité, le bavardage.

*

Dans le train, un type lit "le mépris" d'une main et actionne la souris de son ordinateur de l'autre ; il  passe du livre à l'ordinateur, avec le même regard bovin, déprimant. Je dois m'endormir.

28.1.16

Rimbaud perd la tête



sur lemonde.fr, ici

regards d'enfants, suite


Un arbre au milieu d’un pré, en été. Sur ses branches, des vêtements de toutes les couleurs, percés. Du rouge, jaune, vert, bleu. Chemises, pantalons, tee-shirts, bonnets, etc. D’un coup un enfant surgit de la forêt en contrebas du jardin. Il est bientôt rejoint par une dizaine de petites têtes blondes sous un ciel bleu.  Et les voilà qui grimpent sur l’arbre, l’un après l’autre. Comme des petits singes habiles qui s’emparent méticuleusement des vêtements.  Chacun trouve sa branche, puis agite ces étoffes dans l’air chaud du soir  devant  un photographe caché derrière son appareil. « Maintenant c’est le jeu du silence. On ne bouge plus. Je ne veux voir que des feuilles trembloter, et rien de plus. »
*

La maison qui brûle et cette phrase entêtante qui hante le fond de ma gorge : « et dire que je n’ai pas eu le souci de boire. »
*

Je descends l’escalier de la maison de vacances en Bretagne, ma grand-mère prépare un « petit frichti » ; j’entre en douce dans la cuisine, j’ai 7 ans, je suis affamé,  j'ouvre la bouche, « qu’est-ce que cette odeur qui me sourit au nez ? », et la voilà qui se retourne vers moi pour me donner un baiser sur le front en silence. (La porte de la cuisine s'ouvrait sur le jardin saturé d’hortensias.  Après le déjeuner, j'accompagnais mon arrière grand-père Marcel pour donner des graines aux oiseaux dans le jardin. Nous ne nous disions rien. Et je trouvais qu'il n'y avait jamais assez d'oiseaux pour nous. Hirondelles, moineaux, pigeons blancs.)




26.1.16

17h45


ce qui doit rester caché — photographier ça n’est pas (que) représenter — la persistance des choses oubliées, perdues — bienheureuse insécurité — etc. — tu me nous manques — etc.







“ah mais je t'avais dit que les mots c'était trop violent et que ça pénètre trop vite dans la tête tandis que les images infusent 


 l e n t e m e n t 
  
l e n t e m e n t

   l e n t e m e n t


24.1.16

Bonnefoy

 Yves Bonnefoy en 2016, toujours percutant : « La prolifération anarchique des images irresponsables, qui décontenancent l’esprit, étouffent le surmoi, désorganisent l’action (...) »