automnes


Méditer, ne plus penser, voilà un exercice aussi difficile que de marcher sur l’eau.

Je revoyais une femme qui avait disparu de ma vie depuis trois ans. Ses yeux étaient devenus bleus, presque azur ; je lui demandais pourquoi elle portait aujourd’hui des lentilles de couleur, elle me répondit qu’elle avait méticuleusement peint chacun de ses iris. Cela lui donnait l’air d’une poupée du passé, antérieur à notre histoire.

Depuis quelques jours, il regarde les nuages bas de fin de journée d’automne. Il se dit que dans une autre vie, il aurait aimé être peintre, même un tout petit peintre, aquarelliste des beaux quartiers. Mais il a d’autres chats à fouetter, se dit-il ; tant de combats à mener. Promener le chien, explorer les quartiers populaires, chanter le dimanche dans des kermesses catholiques. Un peu triste que ces nuages emportent avec eux ce qu’il ne sera jamais, il baisse le regard pour ne plus rêvasser. Son regard est à nouveau coincé dans la rue de Rivoli. Tiens, samedi prochain, j’irai promener le chien dans le jardin des tuileries, se dit-il, mais conscient que cette pensée n’est pas à la hauteur de son rêve d’art, il panique — il se dit que ce soir, il libérera le chien et que dimanche prochain, pour la première fois depuis vingt ans, il n’ira pas chanter. Un peu rassuré, et libéré de ces mauvaises habitudes, il regarde à nouveau les nuages. Il sait bien qu’il est trop tard pour comprendre les nuages, beaucoup trop tard pour représenter les nuages. D’ailleurs, je n’ai pas le temps de penser aux nuages, dit-il en chantonnant le Liede de Shubert qu’il devra connaître par cœur le week-end prochain — adieu les nuages, je n’ai plus l’âge qu’il faut pour les aimer, mais j’avoue que parfois, j’aimerais disparaître comme eux, mon corps épongé par les draps blancs. Mais qui promènera donc le chien ?

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