Sud ( en attendant l'image)

Sud

Image d'un homme affolé par le feu, de dos, crâne chauve rougi par des flammes à quelques mètres devant lui.

Une barque saccagée par la tempête, ou du moins, ce qu'il en reste, morceaux de bois prêts à se disjoindre, œil ridé d'une femme, dans un coin, forcément inquiète.

Epongé les restes, les morceaux d'un tout qui garde jalousement son secret.

Nuages en lévitation, étonné par leur volume qui m'a toujours semblé illusoire, consistance d'une chose que je ne pourrais jamais toucher.

Manifestations brûlantes d'un désir qui lui échappe ou qu'elle feint de sentir, ce qui accroît mon bonheur et ma souffrance. Mon ami, je pourrais tout à fait me servir de toi pour régler mon amour, et quand il fonctionnera parfaitement, je le donnerai au monde entier.

Paroles sourdes et faibles d'une vieille femme, sa bouche devient la tombe de sa voix.

A une période où il ressassait des remords pour une trahison dont il avait été l'instigateur, ses mains étaient devenues sèches et pelées, comme s'il n'était plus digne de toucher quoi que se soit.

Au sol, une musique populaire fait un boucan du tonnerre, au ciel, des étoiles affichent un mépris cosmique, ne comptez pas sur moi pour les réconcilier.


Apparition furtive d'une voiture de flics, à la fenêtre, tête vigilante d'un policier à l'affût de quelque chose qui n'irait pas. Je suis semblable à lui, dès que je repère une anomalie, je verbalise.

Une mouette a élu domicile sur la branche d'un palmier en plastique rouge.

Au coin de la rue, le panneau "sens interdit" est entouré par des cactus flippants.

Un journal où un écrivain n'évoquerait que le temps qu'il fait pour découvrir enfin la loi secrète des humeurs.

Sur la plage, un type obèse, couché sur le ventre, la tête entre les cuisses de sa copine qui lui éclate méticuleusement ses points noirs, le rituel dure à peu près une heure, et quand elle a fini, il se relève, l'embrasse sur le front, puis ils se lèvent et chantonnent une chanson d'amour.

Les feux d'artifice pétaradent dans le ciel, je suis sorti en toute hâte de la maison, remonté la pente du jardin pour ce point de vue qui domine la rade de Toulon. Hélas, quand j'arrive, plus rien, des fumées colorées dans le ciel et une salve d'applaudissements dans le lointain dont je crois être le destinataire.

Sa nervosité a un commerce particulier avec les objets qu'elle range dans la cuisine, ces assiettes bruyantes parlent à sa place, s'énervent pour elle, certains se défoulent en jouant du piano, son médium à elle, c'est la vaisselle de famille. En écoutant ces bruits sourds de vieilles louches jetés sur le bar ou ceux aigus des verres entrechoqués, je mesure la gamme de sa nervosité qui n'a rien de musical. Cette irritation sauvage est contagieuse, je file dans le jardin et shoote dans un vieux ballon dégonflé que les enfants ont laissé traîner.

Cette voix est tellement familière que je ne la comprends plus, je reçois son message, mais le fond intime de la personne m'échappe, pour revenir à elle, il faudrait qu'elle se taise ou qu'elle dise la même chose dans une langue étrangère.

Ce que j'entends, je l'ai prévu, le moindre mot, je le connais par cœur, son image est prisonnière d'un langage quotidien, emprunté, je voudrais entendre autre chose, l'entendre vraiment, mais elle n'est pas prête à faire jaillir son authenticité cachée.

C'est pour ça que j'aime entendre ce qu'il ne fallait surtout pas dire, ce que je ne pouvais pas entendre, ce qu'elle s'interdit de révéler, ce qu'elle estime tenir du faux, de l'erreur, du délire.

Image de soi brouillée par un rideau de feuilles, visage caché par l'intrusion d'un vieille branche dans le champ, visage arrêté, interdit, mal visible, visage raturé – de la multiplicité des obstacles à la présentation du visage aux éditions de l'impossible.

Il me raconte que lorsqu'il se met à photographier son amoureuse, cela n'est jamais le signe d'une bonne santé de couple, mais plutôt le présage d'un adieu.

Perte d'entrain, dégradation de la joie, surfaces usées et rappeuses, dépression climatique, l'œil droit est irrité par une allergie, je peine à l'ouvrir pour regarder une vache, on ne perd rien à mourir quelques heures.

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