Cassis



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Nuit coupée en deux par une nausée qui m'a sorti du lit vers cinq heures du matin. Je suis allé dehors pour entendre la mer comme un aveugle. "Et si demain elle avait disparu?" me suis-je dit en buvant un grand verre d'eau qui désaltère comme disait l'autre,  c'est-à-dire - "vous restitue votre moi".  Puis nuit retrouvée. Pas de rêves.

Photographié tout à l'heure des plagistes en les surexposant, tous brûlés par l'image et le soleil, méconnaissables ; subsiste cependant un couple qui s'embrasse au beau milieu de la photographie numérique en noir blanc, serrés l'un contre l'autre.

"Face à lui, je n'ai pas peur de lui montrer que je suis vulnérable" me dit une femme.

En me baignant hier soir dans l'eau froide, je dis à mon ami chercher un verbe qui puisse aller avec la beauté. Au loin la falaise "canaille", innommable, sublime. J'ai trouvé mon verbe. "La beauté apaise." Mon ami réfléchit bien moins longtemps que moi, tandis que nous nageons pour rejoindre les rochers. "La beauté nourrit" me dit-il.

Grande faim vers 17h. Cette brusque envie de goûter est celle d'un enfant que je suis heureux de retrouver à travers mon estomac, contre mon cœur.

La beauté : renoue. La beauté : relie.

Je suis le concierge du superflu, aux aguets (aujourd'hui sur la terrasse qui domine Cassis) des petits riens tantôt sonores - cigales, enfants en verve, clapotis des vagues-  mais aussi visuels : ces bateaux qui reviennent des calanque, ces corps anéantis par le soleil, lézards. L'image et le son ne marchent pas ensemble. Attentions séparées.

Engourdi, écrasé par la chaleur, parler me semble aussi fastidieux que de bouger mon corps. Tandis qu'écrire, à l'instant, est un geste évident, qui m'amuse autant qu'il m'aide à m'installer  dans cette journée. Pas besoin de compagnie.

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