Pierre Bergounioux et après


 Rencontre avec Pierre Bergounioux aux Beaux-Arts de Paris à l’occasion de la sortie de son journal. Je m’attendais à trouver un homme triste, je découvre un oiseau léger, rieur ; il parle brillamment, et ses paroles — aériennes, hautement sophistiquées — semblent destinées à s’inscrire sur une page, sans jamais d'afféterie. Nous évoquons la spécificité de l’écriture du journal, proche de l’acte photographique.

Dans cette expérience de diariste, la littérature est jetée hors de soi, balayée ; c’est le réel tout entier qui prend sa place et s’impose au fil des jours. Et devant ce lot imprévisible d’événements, l’écrivain se contente seulement de restituer ce qu’il voit ou entend, sans encombrement cérébral, ni lyrisme.

Au fil des paroles, l’échange favorise d’étranges échos et d’imprévisibles retournements. “S’en remettre à ses devoirs les plus sacrés !”, dit-il — sans que je sache qui est le véritable destinataire de cette phrase.

Le lendemain, prise d’images. Rien de marquant. Si le  “devoir de nommer est indicible”, comme l’écrivait Roger Laporte, je peine à restituer cette formidable impression de diversité à la surface du monde. Je bute sur d’anciennes choses déjà photographiées, fantômes familiers. Vous les petites vieilles, passez votre chemin, je vous ai assez vues en l’an 2000 ! Quant à la jeunesse du monde, débusquons-là tant qu’il est encore temps.

Plus tard, dans l’escalier, crâne d’œuf et loupiote jaune. Encore un vieux. Me revient à l’esprit la seule phrase sauvée d’un mauvais récit lu récemment, comme un programme pour moi : “« Je vois le monde par particules, rien n'est trop loin ni trop grand »






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